Compagnie Palette | Honte, le point de non-retour

Alima Rolland

Création 2020

45 minutes

Tous publics

Actions de transmission

Deux humains, l’un part et l’autre reste.

Celui qui reste attend ce que l’autre ne trouve pas. Un va-et-vient incessant entre ces deux êtres opprimés par leurs attentes respectives. Celui qui reste est enfermé dans l’attente et l’espoir d’une vie meilleure qu’il a fondées en l’autre. 

Celui qui part se retrouve contraint de continuer à avancer seul vers ce mirage auquel il croyait mais qui n’en finit pas de s’éloigner. Devant ses promesses qui s’évanouissent, l’exilé s’emmure dans un sentiment de honte qui l’habite de plus en plus intensément et qui l’empêche de reculer.

La génèse

“En 2015 au Tchad, je fais la rencontre de deux danseurs émigrés camerounais qui m’exposent leurs conditions de vie difficiles, pourtant il est impossible pour eux de faire machine arrière et de rentrer chez eux.

Quand tu pars en aventure, (c’est-à-dire s’expatrier pour chercher une vie meilleure à l’étranger), tu ne peux pas rentrer les poches vides, peu importe les difficultés à affronter parce que la famille et les proches ont les yeux rivés sur toi.

Lors de mes voyages suivants, en Afrique, dans plusieurs villes d’Europe et dans le monde, j’ai été choqué d’entendre ce même discours du non- retour. En dépit de leurs trajectoires de vie très différentes, dans chacune de mes rencontres j’ai perçu cette même désillusion, ce rêve d’Eldorado frappé par une réalité commune : des conditions de vie précaires entraînant une déchéance sociale lourde. Un présent tragique altérant totalement les relations avec la communauté d’origine.

Face à ces témoignages et aux scènes auxquelles j’assiste dans la rue de cette contrée froide et humide, une tristesse m’envahit de plus en plus profondément. La rage de me sentir impuissant s’empare de moi devant ce même discours qui me poursuit. Accablé par cette humiliation que tout exilé subi et ce sentiment de honte vis-à-vis des nôtres, je ressens le besoin urgent d’écrire ce destin psychologique commun à toutes celles et ceux qui ne peuvent rentrer chez eux face à l’angoisse de décevoir les attentes d’un retour glorieux.

Le dessein de ce projet est de rendre visible, palpable, la pression que représente cet espoir de succès qui hypothèque tout retour possible. Je cherche à traduire sur scène le bouleversement qui secoue l’être humain lorsqu’il se heurte à ce point de non-retour, ce mur infranchissable entre lui et les siens, ce lien vital dénaturé par l’exil.” 

Alima Rolland

L’approche

“À travers cette pièce je cherche à témoigner et rendre visible ce ressenti intérieur, habituellement calfeutré, qu’est la honte. Un sentiment violent qui nous touche, nous meut et nous transforme profondément.

C’est ce sentiment, cette émotion qui est au cœur du processus de création et c’est à travers elle, et de la contrainte du temps et de l’espace scénique que les mouvements s’articulent.

Notre gestuelle puise sa source dans les techniques de danses traditionnelles du Cameroun, de la danse contemporaine et des danses urbaines. Ce qui en fait un langage corporel très personnel, synthèse de plusieurs années de rencontres et de recherches.

L’écriture chorégraphique de cette pièce tente d’échapper au discours, préférant se laisser guider par une écriture émotionnelle forte et poignante, sans règle et sans frein, afin de toucher avec authenticité et véracité l’esprit du spectateur.”

Concept & chorégraphie Alima Rolland

Interprétation Alima Rolland & Koh Ngaba Anicet Vivien

Conseil artistique Marine Bachelot Nguyen

Création lumière Nicolas Pillet

Création musicale Antonin Peuzin & Thierno S. Mballo (Msath/Fruity Venus)

Direction de production Jérôme Bardeau

Production Compagnie Palette

Coproduction Le Triangle, cité de la danse | Ploërmel Communauté

Soutien DRAC Bretagne | Région Bretagne | Ville de Rennes

Résidences de création Le Triangle, cité de la danse | Maison de Quartier Villejean, Rennes | La Gare, fabrique des arts en mouvement | Réservoir Danse, Rennes | Ploërmel Communauté

Photos © Gérard Payelle et François Langlais